● QUI ? Delphine Barrais et Tiphaine Réto, deux journalistes indépendantes.

● QUOI ? Un web-reportage multimédia.



● OÙ ? Zanzibar, archipel tanzanien dans l'Océan Indien.

● QUAND ? Du 5 au 25 février.


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Un blog comme un carnet de route.
Des notes, photos et sons qui jalonneront notre parcours sur l’île aux épices, qui nourriront les reportage en cours et à venir.
Un blog comme un amer de voyage, un point d’ancrage sur la toile pour avancer dans l’ère du journalisme.
Un blog pour faire des essais, des tests et assembler, peu à peu, la matière journalistique.

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posted : Saturday, June 20th, 2009

posted : Saturday, June 20th, 2009

Mohamed, 21 ans : “A Zanzibar, je ne risque rien”

Mohamed s’est réfugié sur l’île d’Ungja en janvier 2009 après avoir été agressé par 2 hommes armés à Dar es-Salaam.

« Un soir, alors que je rentrais chez moi, 2 hommes m’attendaient au coin d’un rue, armés d’un grand couteau. J’ai pu m’en sortir en courant dans le quartier animé tout proche. Le lendemain, je prenais le bateau pour Unguja sans avoir pris le temps de prévenir mes proches. J’ai seulement dit à ma sœur avec qui je vivais que je quittais la ville. Je suis venu me réfugier ici, chez un ami. A Zanzibar je ne risque rien, mais je reste quand même discret, je ne sors pratiquement pas, je ne travaille pas, je ne vais pas à l’école. Mon rêve ? Quitter l’Afrique, partir loin du soleil qui me brule la peau et contre lequel je ne peux rien faire car je n’ai pas les moyens de m’acheter des produits et protections adaptées. Et par dessus tout, m’éloigner des sorciers et de la terreur qui règne sur le continent. »

Rashid est l’ami qui a accueilli Mohamed. Il s’intéresse de près au sort des albinos. Il écoute la rumeur et veut aller au Tanganyika à la rencontre de la communauté albinos mais aussi des sorciers qui terrorisent la population. Il se dit prêt à héberger d’autres personnes en difficulté et à créer une association pour que cessent les drames.

posted : Monday, May 4th, 2009

On recense officiellement 8000 albinos dans toute la Tanzanie.

Ils pourraient en réalité être plus de 150 000 sur 35 millions d’habitants.

posted : Monday, May 4th, 2009

La sombre traque des Africains blancs

Depuis quelques mois, les albinos de Tanzanie sont les victimes d’une traque macabre. Les  sorciers de cet état d’Afrique de l’Est, les « mgangas », ont décrété  que le sang, la peau, les cheveux et les membres d’albinos apportent fortune et pouvoir à ceux qui les possèdent.

Fétichisme animiste ? Il y a deux ans, les scalps des chauves étaient dotés des mêmes vertus. A l’époque, les albinos, eux, étaient censés porter malheur à leurs proches.

Aujourd’hui, moyennant des sommes d’argent colossales, les mineurs et pêcheurs de la région des grands lacs se sont lancés dans une chasse à l’albinos. Une chasse sans merci. Une cinquantaine de personnes albinos auraient déjà été massacrées ; plusieurs dizaines d’autres mutilées, pourchassées ou vendues parfois par leurs propres familles.


Le gouvernement tanzanien a réagi, condamnant ouvertement et violemment ces atrocités, dépêchant des policiers et nommant au Parlement en avril 2008 une femme albinos : Al-Shymaa Kway-Geer. Le Premier ministre envisage même la peine des morts pour les assassins, un châtiment qui n’a pas été utilisé sur le territoire depuis 1994. Mais rien n’y fait. Les meurtres, qui semblaient diminuer en début d’année, ont repris de plus belle fin février. La communauté d’albinos est terrorisée.

Certains essaient de fuir, notamment vers Zanzibar, où la foi musulmane très vive ne se laisse pas entamer par les croyances lancées par les sorciers.

posted : Monday, May 4th, 2009

“ Ne soyez pas comme un bateau dérivant sur la mer.
— Bi Kidude, dans As Old As My Tongue, documentaire réalisé par Andy Jones.

posted : Monday, May 4th, 2009

Bi Kidude, la voix d’un mythe

Elle sillonne le monde depuis plusieurs décennies pour chanter le Taarab, la musique traditionnelle zanzibarite. Dans un pays à 95 % musulman, Bi Kidude fume, boit et a divorcé d’un premier mariage forcé. Elle est l’âme et le mythe de Zanzibar.

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Elle reçoit en son humble demeure dans un quartier de Stone Town. Assise sur une natte dans un couloir, repliée sur elle-même, elle est une « petite chose » comme son nom l’indique en Swahili. Mais très vite, la carapace apparemment fragile de Bi Kidudé se fêle. La discussion à peine entamée et la grande dame de Zanzibar se dévoile…ou du moins nous le fait-elle croire. Un paquet de cigarette à la main, un briquet dans son soutien-gorge, elle raconte ses voyages à travers le monde, sa rencontre avec la Reine Elisabeth, son divorce, sa vie au Tanganyka. D’un geste, elle fait taire notre traducteur pour prendre la pause pour la photo, enchaine questions et réponses tout en évitant délicatement les sujets sensibles vers lesquels nous essayons de l’entrainer.

Le producteur anglais Andy Jones l’a suivie pendant 3 ans, au Royaume-Uni, en France et à Zanzibar, sans parvenir toutefois à définir tout à fait son sujet. « On ne sait pas quand elle est née, ce qu’elle a fait exactement de sa vie. Nous pouvons seulement affirmer qu’elle est née avant 1915 et qu’elle a vécu quelques années en dehors de l’archipel. C’est une guérisseuse, bien connue ici pour son implication dans l’Unyago. Depuis toujours c’est elle qui anime les cérémonies de ce rite initiatique qui permet aux jeunes filles de devenir des femmes. Elle explique aux adolescentes en âge de se marier quels sont les devoirs d’une épouse mais aussi les droits qu’elles sont est en droit de réclamer. » En somme, elle transmet une tradition ancestrale tout en donnant un exemple de femme libre.

Drôle de personnage que cette femme sans âge qui a réussi à faire évoluer les mentalités zanzibarites. En 2005, elle a reçu le prix international Womex pour sa contribution à l’essor de la culture et de la musique d’Afrique de l’Est. « L’archipel a alors pris conscience du trésor qu’il avait entre les mains, affirme Andy Jones, et les imams traditionnalistes n’ont eu qu’à baisser la voix. » Cela pouvait-il en être autrement ? Qui peut aller à l’encontre de Bi Kidudé, une femme qui fume, qui boit de la bière et qui a divorcé d’un premier mariage forcé dans un pays musulman à 90%. Un pays qui résonne du chant des muezzins 5 fois par jour.

Pour avoir passé près d’une heure en sa compagnie, nous ne pouvons que nous accorder au chant de tous ceux qui l’ont approché de près ou de loin : Bi Kidudé vit sa vie comme elle l’entend et ne laisse personne lever le voile sur les mystères de son existence. Alors que l’entretien touche à sa fin, l’artiste se lève soudain. Elle s’approche des percussions, s’installe sur l’une d’elle, donne les deux autres à ses voisins puis entame un tour de chant énergétique. Le spectacle durera à peine 3 minutes, le temps de minauder une dernière fois avec l’objectif. C’est Bi Kidudé qui décide de la fin de la rencontre.

Voir le film « As old as my Tongue » de Andy Jones, diffusé en avant première pendant l’édition 2009 du festival Sauti sa Busara.

posted : Monday, May 4th, 2009

[Flash 9 is required to listen to audio.]

Bi Kidude en “concert” chez elle. Une maison décrépie au coeur d’un quartier populaire. La chanteuse nous reçoit, assise par terre.
L’interview durera une heure, chronométrée. Et nous coûtera 100$.
Bi Kidude n’en sait rien. Ce n’est pas elle qui gère l’argent. Elle, elle fume une cigarette, une Sportsman bien forte allumée avec un briquet sorti de son soutien-gorge.

posted : Monday, May 4th, 2009

L’or vert des femmes de Jambiani

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Dans le village de Jambiani, sur la côte est d’Unguja, sont cultivées des algues qui servent à la fabrication de nos produits pharmaceutiques, alimentaires et cosmétiques. Cette exploitation a démarré il y a dix ans, initiée par un chercheur de Dar-es-Salaam pour relancer l’activité économique de l’archipel.

A l’époque, les hommes, trop impatients pour s’investir dans un projet à long terme, se sont effacés, laissant aux femmes le soin d’apprendre, de planter puis de cultiver ce trésor venu d’ailleurs. Les premiers se sont accrochés à leurs activités de pêche et de commerce, tandis que les secondes ont obtenu argent et reconnaissance.

Les femmes récoltent le fruit de leurs efforts depuis 2 ans, mais elles ne comptent pas en rester là. Elles se forment à de nouvelles techniques, surmontent leur peur de l’eau pour apprendre à nager, apprennent à diriger un bateau et à négocier pour gagner toujours plus en indépendance.

posted : Monday, May 4th, 2009

“Notre vie est meilleure”

Zawadi a 38 ans, elle cultive des algues depuis 15 ans. « Toutes les femmes du village ramassent les algues. A marée basse, 3 jours par semaine, nous plantons des algues. Deux jours par semaine, nous les ramassons. »

« Planter c’est en fait récupérer une partie de la récolte, l’attacher par petit paquets aux cordes que nous fixons ensuite entre deux bâtons piqués dans le sable. Ensuite je fais sécher les algues ramassées devant la maison en attendant Tisso. »

Tisso est l’homme qui sillonne l’île pour acheter aux femmes les algues séchées qu’il vend ensuite aux compagnies étrangères, dans le port d’Unguja. Au village de Jambiani les femmes ne savent pas ce que Tisso fait de leur récolte. Elles ne savent pas que leurs algues traversent les mers du globe pour fabriquer les produits pharmaceutiques, alimentaires et cosmétiques des pays du Nord.

« Ce qui a changé dans ma vie depuis que j’ai commencé à travailler ?, poursuit Zawadi, ma place à la maison et notre niveau de vie. Je gagne 200 shillings par kilo et ramasse en moyenne 95 kilos par semaine. Je peux payer l’école et les fournitures scolaires, m’acheter des kangas… Notre vie est meilleure. »

posted : Monday, May 4th, 2009