● QUI ? Delphine Barrais et Tiphaine Réto, deux journalistes indépendantes.

● QUOI ? Un web-reportage multimédia.



● OÙ ? Zanzibar, archipel tanzanien dans l'Océan Indien.

● QUAND ? Du 5 au 25 février.


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Bi Kidude, la voix d’un mythe

Elle sillonne le monde depuis plusieurs décennies pour chanter le Taarab, la musique traditionnelle zanzibarite. Dans un pays à 95 % musulman, Bi Kidude fume, boit et a divorcé d’un premier mariage forcé. Elle est l’âme et le mythe de Zanzibar.

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Elle reçoit en son humble demeure dans un quartier de Stone Town. Assise sur une natte dans un couloir, repliée sur elle-même, elle est une « petite chose » comme son nom l’indique en Swahili. Mais très vite, la carapace apparemment fragile de Bi Kidudé se fêle. La discussion à peine entamée et la grande dame de Zanzibar se dévoile…ou du moins nous le fait-elle croire. Un paquet de cigarette à la main, un briquet dans son soutien-gorge, elle raconte ses voyages à travers le monde, sa rencontre avec la Reine Elisabeth, son divorce, sa vie au Tanganyka. D’un geste, elle fait taire notre traducteur pour prendre la pause pour la photo, enchaine questions et réponses tout en évitant délicatement les sujets sensibles vers lesquels nous essayons de l’entrainer.

Le producteur anglais Andy Jones l’a suivie pendant 3 ans, au Royaume-Uni, en France et à Zanzibar, sans parvenir toutefois à définir tout à fait son sujet. « On ne sait pas quand elle est née, ce qu’elle a fait exactement de sa vie. Nous pouvons seulement affirmer qu’elle est née avant 1915 et qu’elle a vécu quelques années en dehors de l’archipel. C’est une guérisseuse, bien connue ici pour son implication dans l’Unyago. Depuis toujours c’est elle qui anime les cérémonies de ce rite initiatique qui permet aux jeunes filles de devenir des femmes. Elle explique aux adolescentes en âge de se marier quels sont les devoirs d’une épouse mais aussi les droits qu’elles sont est en droit de réclamer. » En somme, elle transmet une tradition ancestrale tout en donnant un exemple de femme libre.

Drôle de personnage que cette femme sans âge qui a réussi à faire évoluer les mentalités zanzibarites. En 2005, elle a reçu le prix international Womex pour sa contribution à l’essor de la culture et de la musique d’Afrique de l’Est. « L’archipel a alors pris conscience du trésor qu’il avait entre les mains, affirme Andy Jones, et les imams traditionnalistes n’ont eu qu’à baisser la voix. » Cela pouvait-il en être autrement ? Qui peut aller à l’encontre de Bi Kidudé, une femme qui fume, qui boit de la bière et qui a divorcé d’un premier mariage forcé dans un pays musulman à 90%. Un pays qui résonne du chant des muezzins 5 fois par jour.

Pour avoir passé près d’une heure en sa compagnie, nous ne pouvons que nous accorder au chant de tous ceux qui l’ont approché de près ou de loin : Bi Kidudé vit sa vie comme elle l’entend et ne laisse personne lever le voile sur les mystères de son existence. Alors que l’entretien touche à sa fin, l’artiste se lève soudain. Elle s’approche des percussions, s’installe sur l’une d’elle, donne les deux autres à ses voisins puis entame un tour de chant énergétique. Le spectacle durera à peine 3 minutes, le temps de minauder une dernière fois avec l’objectif. C’est Bi Kidudé qui décide de la fin de la rencontre.

Voir le film « As old as my Tongue » de Andy Jones, diffusé en avant première pendant l’édition 2009 du festival Sauti sa Busara.

posted : Monday, May 4th, 2009